05/11/2026

En portant le taux d’intérêt minimal LPP à 2%, le Conseil fédéral réjouit les syndicats, mais provoque la colère des organisations patronales

En portant le taux d’intérêt minimal LPP à 2%, le Conseil fédéral réjouit les syndicats, mais provoque la colère des organisations patronales
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Le taux d’intérêt minimal de la prévoyance professionnelle passera de 1,25 à 2%. Une hausse historique, motivée par la volonté de mieux rémunérer les avoirs des assurés, mais qui suscite des inquiétudes quant à ses conséquences sur l’équilibre financier des caisses de pension.

C’est une hausse sans précédent dans l’histoire du deuxième pilier. Le Conseil fédéral a créé la surprise mercredi en décidant de relever le taux d’intérêt minimal LPP de 1,25 à 2% dès le 1er janvier 2027. Ce taux détermine la rémunération minimale des avoirs de vieillesse relevant du régime obligatoire. Pour 100 000 francs d’avoirs concernés, les assurés toucheront ainsi au moins 2000 francs d’intérêts, contre 1250 francs actuellement.

Pour motiver sa décision, le Conseil fédéral s’appuie sur la bonne santé financière des caisses de pension et sur leurs solides performances. Selon les estimations de l’Office fédéral des assurances sociales, leur rendement s’élevait en moyenne à 6,1% en 2025 et 5,4% jusqu’à fin août 2026, tandis que le taux de couverture moyen des institutions de prévoyance sans garantie étatique s’établissait à 122,5%.

Le Conseil fédéral estime que cette situation permet une rémunération minimale plus généreuse et contribue à compenser l’érosion du pouvoir d’achat liée à l’inflation depuis 2022. Le gouvernement va plus loin que la Commission fédérale de la prévoyance professionnelle, qui avait recommandé fin août un taux de 1,75%.


Syndicats satisfaits

Travail.Suisse, qui défendait un taux de 2%, salue une décision conforme à sa revendication. Les bons rendements et la santé financière des caisses justifient, selon la faîtière syndicale, une meilleure rémunération des avoirs. «Il s’agit d’une amélioration importante de la prévoyance vieillesse et d’une très bonne nouvelle pour les salariés. Cela permet de renforcer les retraites du deuxième pilier», se réjouit Edith Siegenthaler, responsable de la politique sociale.

L’Union syndicale suisse (USS) salue également une décision «attendue de longue date» et «nécessaire afin de renforcer la confiance des assurés dans la capacité du deuxième pilier à servir des prestations suffisantes». La hausse du taux d’intérêt minimal devrait notamment bénéficier aux assurés dont les avoirs de vieillesse ont été peu rémunérés ces dernières années. Un manque à gagner qui se répercute directement sur les futures rentes: une rémunération plus faible de l’avoir signifie une rente moins élevée, avec une perte pouvant atteindre, voire dépasser, 1000 francs par an, souligne l’USS.


Les organisations patronales vent debout

A l’inverse, l’Union patronale suisse fustige une décision «irresponsable». Elle déplore que l’exécutif ait fait fi de la recommandation de la Commission LPP et ait insuffisamment pris en considération les incertitudes économiques et géopolitiques. «Malgré cela, le Conseil fédéral, pourtant à majorité bourgeoise, s’apprête à relever le taux d’intérêt minimal dans une proportion inédite depuis l’introduction de la LPP», critique-t-elle. L’organisation patronale aurait préféré un maintien du taux à 1,25%, ou à tout le moins une hausse progressive.

L’Union suisse des arts et métiers (USAM), qui défendait un taux de 1,5%, se montre également critique, estimant que «le Conseil fédéral va trop loin». A ses yeux, les 2% risquent de fragiliser certaines institutions collectives et communes auxquelles sont affiliées de nombreuses PME. Toutes ne disposent pas de réserves comparables et pourraient devoir puiser dans leurs fonds ou accroître leurs risques de placement. «Les bons résultats de placement des dernières années ne garantissent toutefois pas des rendements comparables à l’avenir», avertit-elle.

L’Association suisse d’assurances (ASA) estime, pour sa part, qu’un taux de 1% aurait été approprié. Elle rappelle que les bons rendements enregistrés par les caisses ne peuvent pas être directement transposés au taux minimal légal. Contrairement aux performances des placements, connues a posteriori, celui-ci est fixé à l’avance et doit être respecté quelle que soit l’évolution des marchés.



source : https://www.letemps.ch/economie/finance/prevoyance-professionnelle-le-taux-minimal-bondit-a-2-au-dela-des-recommandations-de-la-commission-lpp
auteur :Alexandre Beuchat
crédit image :Adobe Stock