La Suisse prévoit une taxe pour les voitures en transit, "il faut soulager les automobilistes suisses des bouchons interminables sur nos autoroutes"
Trop de voitures qui ne font que traverser la Suisse sans s’arrêter, autoroutes saturées... La Confédération helvétique élabore une taxe pour les véhicules en transit, en plus de la traditionnelle vignette autoroutière.
Nichée entre la France, l’Allemagne et l’Italie, la Suisse est souvent considérée comme un simple lieu de passage, principalement par des vacanciers. Moyennant les 40 francs suisses (44 euros) de la vignette annuelle, ils usent et abusent de ses autoroutes pour la traverser du nord au sud, et inversement, car c’est bien plus rapide que de la contourner.
Une habitude bien ancrée, mais de plus en plus insupportable pour les automobilistes helvétiques, au vu des bouchons qu’elle provoque. "La Suisse a une situation particulière, explique Simone Gianini, le président de l’Automobile Club de Suisse. C’est un petit pays, et son réseau autoroutier et national n’est pas très développé. Mais en été, et de plus en plus fréquemment durant l’année, on a vraiment de gros problèmes de bouchons."
Rien qu’au niveau du tunnel du Saint-Gothard, l’une des liaisons nord-sud les plus fréquentées à travers les Alpes, et l’un des principaux points névralgiques, "presque tous les jours d’été, mais aussi le reste de l’année, on compte jusqu’à 80% de voitures étrangères, et des attentes sur plusieurs heures." Et ces embouteillages impactent toujours davantage le trafic intérieur de la Suisse, tant pour le transport de personnes que de marchandises.
Une motion votée à très grande majorité
À la recherche d’une solution, l’assemblée fédérale suisse vient donc de se déclarer très largement favorable au projet d’une taxe pour les véhicules en transit. Une motion en ce sens vient d’être votée à 173 voix contre 13 par le Conseil national (la chambre basse de l’assemblée, qui représente le peuple). Et le Conseil des Etats (la chambre haute, représentative des cantons) l’a approuvée à l’unanimité.
Le président de l’Automobile Club de Suisse, qui est également conseiller national, adhère pleinement à cette "volonté de donner une réponse à la population", car la situation devient vraiment difficile à gérer. "En général, on n’est pas pour d’autres taxes, précise-t-il. Mais dans l’intérêt des automobilistes suisses, il faut les soulager de ces queues interminables sur nos autoroutes pendant les vacances."
Uniquement les voitures en transit
Ce projet de taxe vise très clairement les touristes qui traversent la Confédération helvétique sans s’y arrêter. "Le texte parle de nation A à B, et de passage par la Suisse, indique Simone Gianini. Si on regarde de près de qui il peut s’agir, ce sont par exemple des Hollandais qui arrivent d’un pays A (France ou Allemagne) et transitent par la Suisse pour se rendre en B, en Italie."
Aucune inquiétude, donc, pour les Alsaciens qui affectionnent le zoo ou les musées de Bâle. Pas plus que pour les travailleurs frontaliers ou les transporteurs de marchandises entre la Suisse et l’Union européenne. La future taxe ne les concerne en rien.
D’emblée, les porteurs du projet ont aussi vérifié sa compatibilité avec le droit européen, afin d’éviter tout soupçon de volonté discriminatoire. "Ça a été approfondi, et apparemment, le texte est compatible juridiquement avec les traités européens : celui concernant le transport de marchandises terrestres, tout comme l’accord de libre circulation des personnes", assure le président de l’Automobile Club de Suisse.
Alors, certes, la majorité des automobilistes visés "sera fatalement étrangère. Mais ce n’est pas dirigé contre les étrangers, martèle Simone Gianini. C’est juste un fait matériel, et non subjectif, sur une typologie de transit" de frontière à frontière, sans halte conséquente dans le pays traversé.
Car il ne s’agit pas non plus, bien entendu, de freiner l’ardeur des adeptes de marche sur glacier, des randonneurs amoureux de l’Engadin ou des amateurs des villes helvétiques. L’idée « n’est pas d’empêcher le tourisme des gens qui séjournent en Suisse », bien au contraire.
Repérer l’entrée et la sortie
Concrètement, la plaque du véhicule sera enregistrée au poste de douane de son entrée sur le territoire helvétique, et à nouveau à sa sortie. Ceci permettra de connaître le laps du temps passé en Suisse, d’en déterminer la nature, séjour ou simple transit et, dans ce dernier cas, d’exiger un paiement adapté.
"Le montant de cette taxe n’est pas encore fixé. Il doit aussi être soumis à une analyse juridique, ajoute Simone Gianini. Il ne doit être ni arbitraire, ni trop cher." Le prix pourrait même varier en fonction des périodes de l’année, et de la densité du trafic. "Et il sera moins cher s’il n’y a pas de bouchons. C’est l’idée."
L’objectif premier est "de changer les comportements", en incitant les véhicules étrangers à "éviter ce transit" en période d’affluence. Et ceux qui préféreront mettre la main au porte-monnaie plutôt que de faire un détour contribueront du moins à alimenter les caisses pour l’entretien des routes nationales, "et le développement de systèmes de mobilité et de management pilotés par l’intelligence artificielle."
La prochaine étape
Après ce double vote initial, la balle est désormais dans le camp de l’Office fédéral des routes, qui va plancher sur la concrétisation d’un projet de loi à soumettre au parlement. "Il faudra encore trouver des réponses à beaucoup de questions non résolues", précise le président de l’Automobile Club.
Ensuite, après adoption par le parlement, la nouvelle loi devra encore être entérinée par une votation populaire, avec une majorité tant de la population que des cantons. Mais Simone Gianini a bon espoir, car selon lui, "d’après les sondages, la grande majorité des Suisses y serait favorable."
La nouvelle taxe de transit n’est donc pas pour demain. En effet, ces étapes successives risquent encore de durer plusieurs années avant d’en arriver à son application.
source : https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/alsace/la-suisse-prevoit-une-taxe-pour-les-voitures-en-transit-il-faut-soulager-les-automobilistes-suisses-des-bouchons-interminables-sur-nos-autoroutes-3324287.html
journaliste : Sabine Pfeiffer
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