Travailler en Suisse quitte à faire des kilomètres : le nouveau visage de l'emploi frontalier
Dans le Doubs frontalier, historiquement tourné vers l'horlogerie suisse, une récente étude constate que les secteurs d'emploi se diversifient et que le bassin de recrutement s'élargit.
Fini le temps où l'on travaillait et vivait au plus près de la frontière. Dans l'Arc jurassien, les entreprises suisses recrutent dans un espace géographique de plus en plus large. Et l'emploi frontalier se diversifie désormais au-delà de l'industrie. C'est ce que révèle une récente étude de l'Observatoire statistique de l'Arc jurassien (OSTAJ), piloté par l'Insee Bourgogne Franche-Comté, le service de statistique du canton de Neuchâtel et Statistique Vaud. Cet outil partagé suit depuis 2005 les dynamiques socio-économiques de ce territoire à cheval entre la Bourgogne Franche-Comté et l'ouest de la Suisse. Dans le Doubs, où sont recensés environ 34.300 travailleurs frontaliers en 2025 d'après l'Insee, ce phénomène est particulièrement visible.
Le département, qui concentre près de 70 % des frontaliers de Bourgogne Franche-Comté, constitue le principal réservoir de main-d'oeuvre frontalière de la région (sur les secteurs de Pontarlier, Maîche, Morteau et le pays de Montbéliard), devant le Jura et le Territoire de Belfort. Cette forte présence tient à la place historique de l'industrie, et notamment de l'horlogerie, dans les bassins d'emploi suisses de Neuchâtel et du Jura. Un modèle qui marque le pas depuis 2023 dans un contexte économique moins favorable. Après deux décennies de forte croissance, le nombre de frontaliers y progresse désormais à un rythme plus faible.
Progression des activités tertiaires
Cette évolution s'est accompagnée d'une diversification des emplois frontaliers sur l'ensemble de cette zone transfrontalière. « Si l'industrie, dont notamment l'horlogerie, reste le premier secteur d'emploi des travailleurs frontaliers dans l'Arc jurassien suisse, sa part relative recule au profit des services », souligne ainsi l'OSTAJ. En vingt ans, le poids de l'industrie est passé de 46 % à 32 %, tandis que les services aux entreprises ont progressé de 6 % à 15 % et le secteur santé-social de 8 % à 13 %.
L'étude montre également que l'aire résidentielle des travailleurs frontaliers s'est étendue, au-delà des intercommunalités bordant la Suisse. Alors qu'en 2006, 85 % y vivaient, ils ne sont plus que 74 % aujourd'hui. Dans le même temps, la part des actifs vivant hors des territoires de coopération historiques est passée de moins de 3 % à 9 %. « On voit que les temps de transport augmentent, particulièrement dans l'Arc jurassien français parce que les zones frontalières rurales n'ont pas un vivier abondant de main d'oeuvre et que les principaux pôles d'emploi suisse, notamment au Locle et à La Chaux-de-Fonds, sont de taille limitée », explique Jérôme Matthias, chef de projet à l'Insee Bourgogne-Franche-Comté. L'allongement des trajets élargit les possibilités d'emploi. « Depuis Pontarlier (Doubs) ou Les Rousses (Jura), beaucoup poussent ainsi jusqu'à l'Arc lémanique, de Lausanne à Genève », ajoute-t-il.
Le canton de Vaud concentre à lui seul « près de 57 % de la croissance régionale », précise l'étude, porté par ses pôles tertiaires, notamment dans la recherche, les technologies médicales et la finance. « La partie Lausanne et Nyon augmente plus rapidement », note Jérôme Matthias, qui évoque une dynamique d'emploi favorable en Suisse. Le nombre de travailleurs frontaliers sur le massif jurassien a ainsi plus que triplé, passant de 23.400 en 2006 à près de 75.000 aujourd'hui. « On a côté suisse une population d‘actifs plus vieillissante que coté français et un solde migratoire pas suffisant en nombre. Ce qui devrait continuer à profiter aux frontaliers », estime t-il.
source : https://www.lesechos.fr/pme-regions/bourgogne-franche-comte/travailler-en-suisse-quitte-a-faire-des-kilometres-le-nouveau-visage-de-lemploi-frontalier-2258363
auteur : Sarah George
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